les RUINES du CHATEAU MEDIEVAL DE MIREBEL



NOTICE HISTORIQUE sur la SEIGNEURIE de MIREBEL

La date de construction du château-fort de Mirebel, l’un des plus considérables du Jura et même de Franche-Comté, n’est pas connue. Le château et la seigneurie correspondante existaient en tout cas dés le XIIe siècle, comme c’est le cas des fiefs de Chatillon, Saint-Sorlin ou Binand.

La mention du château de Mirebel apparaît pour la première fois en 1172, sachant qu’existaient déjà de nombreux villages et leurs églises, fondés à la même époque, par les abbayes voisines : Faia (Fay en Montagne), Lasfaxas (Les Faisses, devenu Bonnefontaine) et Villa Turbionis avec une maladrerie (hospice pour lépreux) fondés par l’abbaye de Château-Chalon ; Villa d’On, fondé par celui de Beaume-les-Messieurs ; et Villa Besanis (Besain) fondé par Vaux, dépendance de l’abbaye de Gigny. A ces villages s’ajouteront au XIVe siècle l’abergement de Lamarre-Josserand (La Marre), déjà cité en 1313, et Pois-Quarrey (Picarreau), nommé en 1402.

« Le seigneur [de Mirebel] avait [sur tout son territoire] la haute, moyenne et basse justice, avec pouvoir de nommer un bailli, un châtelain, un procureur, un scribe, un sergent, des forestiers et messiers (personnes chargées de surveiller les cultures avant les moissons), d’avoir un signe patibulaire pour l’exécution des criminels et un pilori pour l’exposition des coupables. Les sujets étaient tenus de faire le guet et tour de garde ainsi que les revues d’armes au château, et de contribuer à ses menus emparements ; de payer les lods pour les mutations d’immeubles, à raison du treizième du prix et les droits de porterie et de gerberie ; de faire les corvées dues ou de donner 4 sols et deux quartaux de froment et avoine par ménage. Il devaient cuire leurs pains au four banal, construit le long du grand chemin tirant de l’église de Mirebel à Lons-le-Saunier. Le seigneur avait la banalité de la rivière d’Ain, depuis la courbe des Clays, proche du Navoy, jusqu’au bief sortant du lac de Chalain ou Marigny, avec faculté d’y pêcher et faire pêcher… Il avait seul le droit d’exploiter les mines de fer découvertes sur le territoire. »

Le premier Seigneur connu de Mirebel est Gérard Ier de Vienne, contemporain de Philippe-Auguste, premier roi de France à se donner ce titre. Gérard (ou Gyrard) était le fils du comte Guillaume Ier de Vienne, et le neveu de Rainaud III, comte de Bourgogne. Le château de Mirebel, avec les terres et droits qui en dépendaient, malgré maints aléas liés aux nombreux conflits entre grands féodaux, resta propriété de la maison de Vienne jusqu’au XVe siècle. Apparentée aux Comtes de Bourgogne et alliée à plusieurs reprise à la maison de Chalon aussi bien qu’aux grands princes et barons de la région, la famille de Vienne était l’une des plus puissantes de Comté.

En 1280 – à l’époque où le roi de France était Philippe le Bel - Jean Ier de Vienne, avait fait du château de Mirebel son lieu de séjour habituel (ce qui montre bien l’importance de ce château), comme en témoigne les chartes qu’on a de lui et qui sont datées, pour la plupart, de Mirebel. Il reconnu successivement comme suzerain, Jean de Chalon, comte d’Auxerre (en 1284), Otton, comte Palatin de Bourgogne (en 1287). C’est lui qui, en 1293, accorda une charte de franchises au bourg et à la ville de Mirebel. Et en 1301, il reprit de Jean de Chalon, une maison-forte dite Garde-le-Comte, sur le chemin des Vermillières entre Mirebel et Montrond (vestiges encore visibles).
Henri de Vienne, petit-fils de Jean I (et fils de Vauthier, gouverneur et gardien du Comté au nom du Duc de Bourgogne), résida aussi à Mirebel, de 1364 jusqu’à sa mort. Fait prisonnier par Brisebarre, fameux chef des routiers contre lequel il luttait, et emprisonné au château de Scey, il avait été libéré par la chevalerie du Comté, dont ses deux fils, aux cris de « Saint André et Vienne ». Notons que l’église paroissiale de Mirebel, probablement ancienne chapelle castrale, est placé sous le vocable de Saint André. C’est ce même Henri de Vienne qui, le 1er mars 1367, affranchit un Pierre de Grandvaux, habitant de Mirebel , de toutes tailles, corvées et services. Il fut inhumé dans l’église abbatiale de Baume-les-Messieurs. Son frère, Jean II, était archevêque de Besançon.

Henri avait deux fils : Gauthier (ou Vaucher), l’aîné, qui reçu Mirebel dans son héritage et Jean (IV ?), le plus connu, Amiral de France. Gauthier avait épousé Jeanne, dame de Joux, une des plus riches héritières de son temps et mourut sans enfant vers 1399. Ses biens, et donc Mirebel, passèrent à son neveu Gauthier, fils de son frère Jean, puis à un autre Jean de Vienne, sire de Pagny.

Quelques mots sur le fameux amiral Jean de Vienne. (1341 env.-1396) : Jean de Vienne participa à de nombreux combats au cours de la guerre de Cent Ans, d’abord dans l’armée de Charles le Mauvais, roi de Navarre (notamment à Cocherel, 1364), ensuite dans l’armée de Charles V (à partir de 1369), qui le fit amiral de France en décembre 1373. Il dirigea en particulier le siège de Saint-Sauveur-le-Vicomte en 1375. Il fut l’organisateur de la marine dont Charles V avait ordonné la construction en vue d’une éventuelle expédition en Angleterre. Il dirigea l’expédition d’Écosse de 1385, puis participa à celle de Gueldre en 1388. Il avait combattu les Turcs, sur le détroit des Dardanelles, lors de la croisade ébauchée en 1366 et pris part à la croisade d’Afrique en 1390. Il participa à la dernière grande entreprise de la sorte, déclenchée en 1396 contre l’empereur turc Bayézid (Bajazet) pour tenter de protéger l’Europe danubienne de la menace ottomane ; il fut tué à Nicopolis, la bataille qui scella la victoire des ottomans, quelques années avant que ceux-ci ne soient à leur tour submergés par les mongols de Tamerlan.

Jean de Vienne, sire de Pagny, reprit donc Mirebel au début du XVe siècle. Rien ne dit qu’il ait habité Mirebel. Par contre, comme semble l’indiquer une lettre de lui en mars 1403 – par laquelle il dispensait les habitants de sa seigneurie de contribuer aux réparations des murailles du bourg de Mirebel suite au passage de l’armée formée par Philippe le Hardi, Duc-Comte de Bourgogne et placée sous les ordres de Jean de Vergy, maréchal et gouverneur de la Comté. Il est probable que le château de Mirebel avait connut lui aussi des dégâts importants à cette occasion.

A la mort de Jean de Vienne en 1422, le fief de Mirebel quitta la famille de Vienne. Le patrimoine de Jean de Vienne passa à ses neveux, en particulier Jean de Rye qui vendit ses droits à Louis de Chalon-Arlay. C’est à cette époque que Jeanne de Vienne, la mère d’un des héritiers permit à Oudot Grandvaux, son chapelain, de construire un four dans sa maison.

Malgré de multiples péripéties du fait de mésentente entre les enfants, de Louis (séquestration du château et administration de la châtellenie par le Duc-Comte de Bourgogne), Jean de Chalon-Arlay IV, Prince d’Orange, finit par réussir à acquérir l’ensemble de la propriété de 1475 à 1477, année de la mort de Charles le Téméraire. En 1479, les armées de Louis XI ruinèrent en partie le château-fort de Mirebel, comme de nombreux autres en Comté et Louis XI confisqua les biens de Jean de Chalon-Arlay pour les donner à Jacques Maillardet, seigneur de La Muire. C’est ce Jacques Maillardet qui, le 5 juillet 1496, affranchit Jean-Claude, Louis et Jean Touiller des cens, tailles, corvées… . Les Touiller était une vieille famille de Mirebel et y occupait des emplois de châtelains, greffiers ou notaires. Ils y construisirent le château actuel situé au pied de la Côte de l’Heute. De cette famille sera issue Anatoile-Françoise Touiller, morte en odeur de sainteté au monastère des clarisses de Poligny. Les Toullier s’allieront ensuite à la famille d’Olivet, seigneurs de Chamolle, qui donnera plusieurs conseillers au Parlement de Franche-Comté dont un, Joseph, sera membre de l’Académie française sous Louis XV.

La seigneurie de Mirebel fut restituée au début du XVIe siècle à la famille des Princes d’Orange et eut alors les mêmes seigneurs que Lons-le-Saunier. La famille de Chalon-Arlay devait ensuite, devenir, par mariage, Orange-Nassau et régner sur les Pays-Bas en tant que stathouders, puis rois comme c’est encore le cas aujourd’hui. Quant au château de Mirebel, il ne se releva pas de ses ruines. Dans un inventaire daté de 1532 , on peut lire à propos de Mirebel, et d’autres châteaux voisins : « tous lesquels chasteaux cy-dessus , par le temps des guerres des François, que furent envyron 50 ans, furent ruynez et n’y a eu depuis demeurance, capitaines ny gardes » Et en 1553, dans « Descriptio Superioris Burgundiae » (Description de la Franche Comté), Gilbert Cousin, secrétaire d’Erasme, écrivait à propos de la place de Mirebel : « elle étale encore, dans ce pays de ruines, son château en partie debout. Aucune place de la Bourgogne ne montre des ruines plus dignes de mémoire ».

Dans une reconnaissance de 1558, on peut lire « Le château et maison-forte de Mirebel, pourpris [habitations] et appartenances, est assis sur une roche en montagne, sur le bourg et village de Mirebel, du côté de soleil levant, et est ledit château en ruine, sauf une belle et haute tour qu’est au milieu du château, couverte de laves, et sont planchers et prisons au bas d’icelle ; auquel château et maison-forte les habitants et sujets sont tenus de faire guet et garde, et contribuer aux menus emparements ». Autrement dit, si le château n’était plus habitable, il servait encore de poste de guet et pouvait avoir donc encore un rôle militaire. Sans doute est-ce pourquoi, les troupes d’Henri IV ruinèrent-elles en 1595 - comme le dit Rousset - cette tour qui restait encore jusque là.

C’était il y a 400 ans ! Et depuis, les ruines sont passées par héritages successifs, de propriétaires en propriétaires, toujours dans la descendance des Chalon-Arlay, Princes d’Orange, jusqu’à ce que la commune de Mirebel en fasse l’acquisition en 2002.

Sources :

A. Rousset, Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes du Département du Jura, 1856
F. Viguier, Dictionnaire des Châteaux de France, Franche-Comté et Pays de l’Ain, 1979, Berger-Levrault
J-L. Mordefroid, conférence donnée à Mirebel en 2003